Action Enfants Djibouti
 
 
 
 

L'association s'engage ... contre les mutilations génitales.

Chaque année, deux millions de petites filles sont victimes de mutilations génitales féminines dont les répercussions sur la santé sont souvent désastreuses et parfois fatales. On estime à 140 millions le nombre de femmes et de fillettes qui ont subi de telles mutilations à travers le monde. Ces pratiques sont très répandues en Afrique et courantes dans certains pays du Moyen-Orient. Elles sont également pratiquées, principalement au sein des communautés immigrées, dans certaines régions d'Asie, d'Australie, d'Amérique Latine et du Nord, ainsi qu'en Europe.

On ignore quelles sont les origines de ces mutilations génitales qui étaient déjà pratiquées bien avant la naissance du christianisme et de l'Islam, en particulier chez les Phéniciens, les Hittites et dans l'Egypte des Pharaons.
Mais ces mutilations furent également pratiquées au XXe siècle par certains médecins anglais et américains qui prétendaient pouvoir ainsi traiter l'hystérie, le lesbianisme, la masturbation et d'autres soi-disant maladies et déviances féminines.
Dans aucune des religions actuelles, ces mutilations féminines ne sont présentées comme une obligation explicite. Elles sont principalement destinées à préserver la virginité des fillettes exigée par le futur mari et à supprimer leur sexualité.

Qu'entent-on par mutilations génitales féminines (MGF) ?

Il s'agit de pratiques traditionnelles diverses qui impliquent l'ablation de tout ou partie des organes génitaux féminins. De façon générale, ces mutilations font parties de rituels traditionnels qui préparent les jeunes filles à leur future vie de femmes adultes.
L'âge auquel se produit ce rituel varie beaucoup en fonction des communautés : il a parfois lieu sur des très petites filles ou sur des adolescentes en âge d'être mariées, soit vers 15-16 ans. Mais le plus souvent, il se produit sur des fillettes entre 4 et 8 ans, c'est-à-dire au moment où elles sont en mesure de comprendre le rôle qu'on attend d'elles à l'âge adulte.
Dans les sociétés où ces mutilations sont effectuées, on parle de circoncision féminine. Mais ce terme est fallacieux. Dans le cas des circoncisions masculines, seul un morceau de peau recouvrant le prépuce est coupé, n'endommageant pas l'organe sexuel des garçons, alors que chez les filles, une partie du clitoris est tout bonnement sectionnée. Il faut parler de clitoridectomie. L'équivalent chez les garçons impliquerait l'amputation de tout ou partie du pénis.
Les clitoridectomies amputent une ou plusieurs parties du sexe de la fillette, à savoir : tout ou partie du clitoris, parfois les petites lèvres, voire encore les grandes lèvres. Ces opérations concernent 85 % des fillettes ayant subi une MGF.

Ces clitoridectomies sont en général accompagnées d'une opération de couture où il s'agit de coudre la partie extérieure du vagin pour oblitérer la partie sensitive. On parle alors d'infibulation qui concerne 15 % des MGF. Dans cette opération, tout le clitoris est en général amputé ainsi que les petites lèvres ; puis des incisions sont faites aux grandes lèvres afin de créer une surface à vif. Ces plaies sont alors soit recousues, soit maintenues en contact afin qu'elles se cautérisent et restent collées. Ces infibulations recouvrent l'urètre et une grande partie du vagin, dans le but de créer une barrière aux rapports sexuels.
Afin de permettre à l'urine et aux règles de s'écouler, une petite ouverture est alors opérée, souvent d'une largeur de quelques millimètres seulement. Si l'ouverture est plus grande, des rapports sexuels sont possibles après dilatation de l'orifice qui peut prendre parfois plusieurs mois. Si, par contre, l'ouverture est très petite, on effectue en temps voulu une nouvelle incision
afin d'agrandir l'orifice. Dans tous les cas, une nouvelle coupure est nécessaire lors de la mise au monde des enfants. Après l'accouchement, les parties à vif sont à nouveau suturés, souvent de la taille de la première infibulation afin de redonner l'illusion de la virginité.
Dans des pays comme le Soudan, la Somalie et Djibouti, 80 à 90 % des fillettes sont infibulées. Ces pratiques sont également pratiquées mais dans une moindre part au Mali, en Ethiopie, en Erythrée, en Gambie et en Egypte.
Une nouvelle pratique a fait surface récemment qui est appelée circoncision intermédiaire. Ce terme décrit à nouveau une variété d'opérations plus sévères que les clitoridectomies mais moins sévères que les infibulations. Elles ont lieu dans des pays qui ont légalement interdit l'infibulation comme par exemple le Soudan.
Il est important de souligner, en préambule, que ces mutilations ne constituent ni une maladie ni un risque héréditaire. Par contre, elles causent chez les fillettes de graves dommages autant physiques que psychologiques qui les marqueront toute leur vie.

Les complications d'ordre physique

Les dommages physiques sont fonction du degré de ces mutilations. Elles peuvent entraîner des hémorragies et des anémies conduisant parfois à la mort. Les infections sont très fréquentes car les instruments utilisés sont rarement stérilisés et parce que l'urine et les défécations infectent rapidement la plaie. Si ces infections ne sont pas traitées immédiatement, elles peuvent conduire à la mort, en particulier par tétanos. Lors des mutilations, des lésions, parfois également fatales, peuvent être faites sur l'anus ou l'urètre si l'exciseuse est maladroite ou si tout simplement l'enfant bouge au dernier moment.
La majorité de ces opérations sont effectuées sans aucune anesthésie. Mais même lorsqu'une anesthésie locale est pratiquée, le retour de la souffrance est très violent car la zone du clitoris est une des parties les plus innervées du corps humain.
Les victimes souffrent souvent d'infections chroniques, de saignements et de douleurs atroces tout au long de leur vie, en particulier lors des accouchements.
Dans le cas des infibulations, les complications décrites ci-dessus sont multipliées par les coupures et suturassions successives. Les risques d'hémorragies, d'infections et d'abcès sont répétés. Les risques liés à la rétention d'urine sont plus sévères, à savoir des infections urinaires conduisant à des cailloux dans l'urètre et les reins, voire des kystes parfois
de la taille d'un pamplemousse. Le mauvais écoulement des règles entraîne également des nombreuses complications douloureuses, pouvant conduire à la stérilité dont les conséquences sont dramatiques dans ces sociétés où la reproduction constitue la raison d'être première des femmes. Les complications lors des accouchements sont aussi nombreuses sans parler des douleurs lors des rapports sexuels.

Les conséquences sur la sexualité

Les MGF peuvent rendre les premiers rapports sexuels très douloureux pour les jeunes filles, voire dangereux s'il est nécessaire d'ouvrir la cicatrice.
Certaines femmes éprouveront toute leur vie de fortes douleurs au cours des rapports sexuels. Le plaisir sexuel est également diminué en raison de l'ablation totale ou partielle du clitoris qui constitue un organe capital du plaisir sexuel et du déclenchement de l'orgasme. Mais il faut souligner à ce sujet que les mécanismes déclenchant le plaisir sexuel ne sont pas totalement
connus. Des études cliniques indiqueraient également que des processus psychologiques compensatoires viennent atténuer certains effets inhibiteurs résultant de ces MGF.

Les répercussions psychologiques

Les conséquences sur la santé des fillettes et des femmes sont si sévères qu'une attention moindre a été apportée aux répercussions psychologiques lesquelles sont d'autre part encore plus difficiles à étudier de manière scientifique. Un petit nombre de cas cliniques ont été rapportés au terme d'un séminaire sur la question qui eu lieu en Egypte en 1979. Cependant, même si les éléments scientifiques font défaut, les récits personnels font état d'angoisse, de terreur et de sentiments d'humiliation et de trahison qui ont indéniablement des répercussions négatives à long terme.
Il est possible que le traumatisme de l'opération favorise le comportement de calme et de docilité qui est attendu de ces pratiques. En tout état de cause, les festivités, les cadeaux et les attentions particulières qui sont associées à l'opération peuvent compenser en partie le traumatisme. Mais avant toute chose, les fillettes doivent se sentir soulagées d'être acceptée par leur communauté, d'avoir respecté les traditions et d'être aptes au mariage, ce qui est souvent leur seul rôle qui leur est proposé.
Dans la mesure où ces mutilations ont lieu au moment où les fillettes ont déjà reçu de multiples messages quant à leur position dans la société, en particulier leur statut subalterne vis-à-vis des garçons et des hommes, il semble logique que ces fillettes associent ce processus de féminisation sociale avec l'obligation de répression de leurs désirs sexuels. Dans le cas de l'infibulation, l'ablation de toutes les parties sensitives du sexe des fillettes et l'obstruction du vagin n'est pas une métaphore de la négation pure et simple de la sexualité des filles et des femmes.
Les symptômes graves liés à ces troubles psychologiques sont souvent interprétés comme le fait de mauvais esprits. Des remèdes et des rituels traditionnels sont alors effectués sur les fillettes ou les femmes. Réprimés et non traités, ces symptômes se transforment en divers troubles d'ordre psychopathologique, tels que l'insomnie, la fatigue, les maux au niveau du dos, de la tête ou de l'organe sexuel. Ces symptômes clairs de dépression sont souvent accompagnés de phobies sérieuses, telles que l'angoisse de la stérilité, la peur de la sexualité qui sont également taxées d'hystéries et non traitées.

Les raisons de ces mutilations

Bien que ces MGF soient d'ordre strictement culturel, elles sont souvent associées à l'Islam car les sociétés qui les pratiquent, principalement en Afrique musulmane, revendiquent la religion pour les justifier. Or ces mutilations ne sont ni recommandées, ni citées dans aucun texte religieux. Pour lever cette ambiguïté une fois pour toute en XXX, une responsable d'ONG a porter plainte devant les tribunaux de son pays contre un imam qui avait affirmé publiquement que ces mutilations étaient recommandées par l'Islam. XXX a gagné le procès. D'autre part, il est important de souligner que des MGF sont également pratiquées par certains chrétiens coptes et par des juifs falashas originaires d'Ethiopie vivant actuellement en Israël.
D'autre part, il est préoccupant de noter que ces mutilations peuvent encore apparaître dans des communautés en étaient pourtant indemnes. Ainsi certaines tribus à l'Ouest du Soudan ont-t-elles intégré ces pratiques seulement après l'indépendance du pays en 1956 sous l'influence des professionnels de la santé intervenant dans ces régions, lesquels étaient issus des classes moyennes éduquées du nord du pays pratiquant ces MGF. Une étude de 1979 indiquait que les mères de ces tribus nouvellement converties n'étaient pas excisées alors que leurs filles l'étaient.
Enfin, ces pratiques furent longtemps occultées car elles étaient revendiquées comme d'authentiques traditions injustement combattues par les anciennes puissances colonisatrices. Lors de la conférence des femmes de Nairobi en 1985, les Africaines qui étaient présentes refusèrent que les MGF soient mises à l'ordre du jour de la conférence sous prétexte qu'il s'agissait de leurs traditions dont la communauté internationale ne devait pas se mêler.
Heureusement, 10 ans plus tard à la Conférence de Pékin, ce furent ces mêmes
Africaines qui demandèrent que les MGF soient officiellement dénoncées.
Quelles que soient les origines de ces MGF, il est primordial d'en comprendre les raisons profondes si l'on veut pouvoir combattre efficacement ces pratiques.
Au Sierra Leone, par exemple, les exciseuses jouissent d'un statut privilégié en tant que détentrice du contrôle des sociétés secrètes et à ce titre apparaissent comme de véritables prêtresses aux yeux de leurs adeptes.

L'identité culturelle

La coutume et les traditions sont de loin les raisons les plus souvent avancées pour justifier les MGF. Ces pratiques contribuent à définir l'appartenance au groupe. Cela est encore plus évident lorsque les MGF font partie de rites d'initiation et de passage à l'âge adulte. Ainsi, la plupart des gens qui pratiquent ou font pratiquer sur leurs fillettes ces mutilations les considèrent tout à fait normales, au point de ne pouvoir imaginer qu'une fillette ne le subisse pas. Un ancien président du Kenya soutenait que les MGF faisaient partie de l'initiation kikuyu, elle-même partie intégrante de l'identité de ces tribus au point que son abolition détruirait le système tribal.

De la même façon à Djibouti qui présente le plus haut taux d'excisées au monde avec 98% de la population, les rares jeunes filles chrétiennes qui sont traditionnellement exemptes de ces pratiques, demandent tout de même à leur famille d'être excisées afin de ressembler à leurs amies de classes.

L'identité sexuelle

Les MGF sont souvent jugées nécessaires pour qu'une jeune fille accède au statut de femme à part entière. Certains pensent que l'ablation de ces parties dites masculines du sexe de la femme contribue à rendre sa personnalité plus féminine, une notion bien souvent associée à la docilité et à l'obéissance. Cette pratique doit dans tous les cas établir la différence entre les sexes sous l'angle du rôle respectif que devront tenir les jeunes filles dans leur couple et dans la communauté.

Le contrôle de la sexualité féminine et des fonctions reproductrices

Dans de nombreuses sociétés, on justifie les MGF en affirmant que ces pratiques diminuent le désir sexuel des femmes et réduit ainsi le risque des relations extra-conjugales. Dans de nombreuses sociétés où sont pratiquées ces MGF, il est presque impossible pour une femme de se marier si elle n'est pas excisée car c'est son unique gage de virginité. Dans le cas de l'infibulation, la fillette a été cousue pour n'être ouverte que par son futur mari. C'est aussi le moyen de les empêcher d'avoir des relations sexuelles illégitimes voire de les protéger contre des relations imposées, car l'honneur de toute la famille en dépend.

Les croyances relatives à la santé, à l'hygiène et aux effets esthétiques

La propreté et l'hygiène sont souvent invoquées pour justifier les MGF. Dans certaines communautés, les femmes non excisées sont considérées comme impures et n'ont pas le droit de s'occuper de la nourriture ou de l'eau.
Raisons esthétiques aussi, le clitoris étant considéré comme laid et risquant de s'hypertrophier s'il n'est pas excisé, voire pouvant être dangereux : s'il entre en contact avec le pénis de l'homme, il risque de le tuer ou s'il touche la tête du bébé lors de l'accouchement, l'enfant mourra.

Ce dernier point n'est pas propre à l'Afrique car ce sont ces mêmes dangers qui ont poussé les médecins anglais et américains à exciser leurs malades au XXe siècle pour traiter leur hystérie ou leur masturbation excessive.

Heureusement une prise de conscience internationale voit le jour, particulièrement au sein des premiers pays concernés, à savoir l'Afrique. Ainsi plusieurs gouvernements africains ont commencé à s'élever contre cette pratique, mais jusqu'ici, seul le Ghana a adopté une législation spécifique. Au Burkina Faso, les campagnes menées depuis 1990 par l'intermédiaire du Comité National contre l'Excision se sont intensifiées ces trois dernières années grâce à un soutien accru du gouvernement ; les responsables de décès consécutifs à une excision ont été poursuivis devant les juridictions pénales. Des mesures ont également été prises dans différents pays industrialisés où se trouvent des communautés importantes d'Africains immigrés ou réfugiés. En 1994, l'Australie et la Norvège, suivant l'exemple de la Suède et du Royaume-Uni, ont adopté des lois contre l'excision. En France, un procès retentissant à Nanterre, condamnant une exciseuse à la prison ferme et condamnant également les parents des fillettes excisées à des peines plus ou moins lourdes, permet maintenant de faire jurisprudence pour cet acte qui n'est pas encore formellement interdit par la loi. Mais sous la pression accrue dans les années 90 de groupes féminins, d'organisations pour les droits de l'homme et de l'enfant autres groupements professionnels, l'abolition de l'excision est en bonne voie grâce à l'impulsion donnée par les divers projets mis en place pour faire reculer ces pratiques.


Sources : www.penelopes.org , Laure Poinsot.

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